Proposition de loi : saisie et confiscation en matière pénale
PROPOSITION DE LOI VISANT A FACILITER LA SAISIE ET LA CONFISCATION EN MATIERE PENALE « Frapper au portefeuille des délinquants : une sanction convaincante et incontournable face au sentiment d’impunité des délinquants ». A l’initiative de Jean-Luc WARSMANN Mercredi 26 Novembre 2008 Dès 2004, dans un rapport de mission consacré à la lutte contre les réseaux de trafiquants de drogue, Jean-Luc Warsmann, Député des Ardennes avait proposé un ensemble de mesures visant à moderniser le dispositif législatif de saisies et de confiscations en matière pénale. « La réussite d’une enquête ne réside pas uniquement dans le nombre d’interpellations ou d’années de prison encourues, mais également, et il faut changer les mentalités, au montant des biens saisis. Conscient qu’il était urgent de rendre cette procédure moins coûteuse, plus rapide et plus adaptée aux réalités du terrain, Jean-Luc Warsmann, Président de la Commission des Lois a déposé le 12 novembre dernier une proposition de loi visant à faciliter la saisie et la confiscation en matière pénale (1). « Si l’exécution des décisions de justice est une réponse incontournable pour pallier au sentiment d’impunité de certains délinquants, « la privation » de leurs biens, issus de leur trafic en est une autre toute aussi convaincante ». Quelques chiffres… (1er semestre 2008) 50 millions d’euros : montant total des saisiesdont notamment :8 927 426 € d’espèces16 biens immobiliers pour une valeur de 7 116 730 €462 véhicules pour une valeur de 6 876 249 €225 bijoux pour une valeur de 910 883 €12 bateaux pour une valeur de 218 989 € C’est à cette occasion, que Jean-Luc Warsmann avec Guy Geoffroy, rapporteur a organisé hier une table ronde réunissant tous les acteurs judiciaires directement concernés par cette procédure pénale. « L’ensemble des praticiens présents hier ont salué unanimement cette proposition de loi, dont notamment le fait d’élargir le champ des biens confiscables. Aujourd’hui, la majorité des biens saisis est souvent directement liée à l’enquête, à la recherche de preuves. Ainsi, l’argent du trafic réinvesti par exemple dans des biens immobiliers ne fait pas l’objet d’une procédure spécifique». « La richesse des débats a permis également de lancer une nouvelle réflexion: le montant des biens saisis pourrait notamment servir à indemniser les victimes qui aujourd’hui doivent faire face à des délinquants qui se sont mis volontairement en insolvabilité ». > Les 3 objectifs de cette proposition de loi : 1 — Obtenir, dès le début de l’enquête un « état des lieux objectif » du patrimoine du prévenu Il s’agit de développer, dès le stade de l’enquête et de l’instruction, les possibilités de saisie patrimoniale, afin d’assurer la pleine effectivité des peines de confiscation susceptibles d’être ordonnées au moment du jugement. De fait, si la confiscation n’a pas été précédée, au cours de l’enquête ou de l’instruction, d’une mesure permettant de « geler » les éléments d’actif concernés, il est à craindre que ceux-ci ne soient précipitamment dissipés, rendant ainsi l’exécution de la peine de confiscation incertaine. La proposition de loi généralise donc les enquêtes spécifiquement destinées à la recherche et la localisation des biens saisissables et confiscables et instaure une procédure spécifique de perquisitions en vue de saisie. « Il est indispensable de retarder l’arrestation de certains délinquants si l’état des lieux de leur patrimoine n’a pas été préalablement défini, afin qu’aucun bien ne puisse passer au travers du « filet judiciaire ». Il est inacceptable de voir certains délinquants continuer à jouir financièrement des « produits » de leur trafic tout en étant incarcérés oo à mener un train de vie ostentatoire dans leur quartier. Notre société ne peut donner le sentiment à nos jeunes que nous acceptons ce laxisme, au danger de voir certain vouloir reproduire, imiter ce comportement resté impuni ! C’est une question de paix sociale ! » 2 — Simplifier les procédures de saisies afin de les rendre adaptables à tous les biens Le deuxième objectif de la proposition de loi réside dans la mise en place d’une procédure de saisie pénale, distincte des procédures civiles d’exécution, peu adaptées et coûteuses. Les dispositions actuelles du code de procédure pénale sont principalement conçues pour permettre l’appréhension matérielle de biens meubles corporels, lesquels sont inventoriés et placés sous scellés. Elles ne sont pas adaptées à la saisie des immeubles (procédure d’hypothèque) et des meubles incorporels. « Actuellement, la complexité des procédures « freine » considérablement les professionnels sur le terrain. Il est donc urgent de les simplifier, afin que tous les biens et cela quelle que soit leur nature puissent être saisis. Notamment en matière d’immobilier, secteur particulièrement « affectionné » par les délinquants pour le blanchiment.» 3 — Améliorer la gestion des biens saisis Le troisième but poursuivi est l’amélioration de la gestion des biens saisis, afin notamment d’éviter leur dévalorisation au cours de la procédure ou, au contraire, une conservation devenue inutile et coûteuse pour l’État, grevant ainsi les frais de justice. Afin de renforcer l’efficacité du dispositif mis en place par la loi du 29 octobre 2007 relative à la lutte contre la contrefaçon permettant la vente anticipée des biens saisis en cours d’enquête et dont la conservation n’est pas nécessaire à la poursuite de celle-ci, la proposition de loi prévoit que les compétences actuellement exclusivement exercées par le service des domaines puissent être également mises en œuvre par un officier public ou ministériel (commissaires priseurs). « La question de la gestion doit être une priorité car pour saisir plus, la logistique doit suivre ! C’est pourquoi, dans les faits, sur le terrain, les professionnels hésitent quotidiennement à saisir de grande quantité de biens. Certains véhicules par exemple peuvent coûter à l’Etat en gestion jusqu’à 5 fois plus que leur valeur d’origine. Les biens confisqués doivent donc être vendus le plus rapidement possible ». « Aujourd’hui un particulier ne payant pas les traites de son véhicule peut voir son bien saisi et vendu aux enchères, alors que cette procédure ne s’applique pas automatiquement aux propres délinquants. L’Etat n’a pas à faire les frais des biens issus de trafics. Cette justice à 2 vitesses est vécue inéluctablement comme une profonde injustice par nos concitoyens ». Cette proposition de loi sera débattue à l’Assemblée Nationale au cours du 1er trimestre 2009. |